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Le somptueux monarque, du Québec au Mexique, effectue un trajet migratoire unique. Des chercheurs de l'Insectarium de Montréal participent aux études en cours sur cet étonnant lépidoptère. Qu'est-ce qui est orange, noir et blanc, passe au-dessus des montagnes les plus élevées sans faire le moindre effort, pèse moins d'un demi-gramme et peut faire ployer les arbres? La réponse, au cas où vous ne l'auriez pas deviné: le danaus plexippus, mieux connu sous le nom de monarque. Ce papillon, l'un des plus illustres de la famille des lépidoptères nord-américains, est sans contredit le favori de la population québécoise. Rares sont les personnes qui n'ont pas pris le temps de contempler le vol lent et majestueux de cette merveille diurne, qui peut être aperçue en train de butiner dans nos champs de juin à septembre. Lorsque s'amènent les rigueurs de l'automne, ces créatures orangées, aux ailes nervurées de noir et tachetées de blanc, cessent de se donner en spectacle et entament un long périple vers le sud pour rejoindre leur refuge d'hiver. Car les monarques que l'on retrouve sous nos latitudes ont la particularité d'être des migrateurs. Et non des moindres! Lorsque se termine leur cavale de deux mois et demi, ils auront parfois traversé près de 4000 kilomètres. Seule la dernière génération, soit celle née vers la fin de l'été, entame le voyage, après avoir préalablement constitué des réserves de graisse appropriées. Ce sont les baisses de luminosité et de température qui constituent les signaux de départ. Les générations précédentes vivent en général de 1 à 3 mois. Le vent constitue un précieux allié pour faciliter le voyage. Ce papillon, véritable maître-planeur, se laisse souvent porter par les courants aériens ascendants afin de bondir au-delà des montagnes et des grands édifices. Fort de sa bonne entente avec Éole, il peut maintenir une moyenne de 32 km/h sans dépenser plus d'un p. cent de l'énergie qu'il a stockée au départ. Sa destination, comme pour les autres membres de l'espèce venant de la côte est: le Mexique. Et, plus particulièrement, une région forestière de plus de 4000 hectares située au nord du Michoacan, en bordure des hautes montagnes du plateau néo-volcanique mexicain. Les populations de monarques qui vivent dans les vallées de l'ouest américain migrent plutôt vers le sud-ouest afin de profiter du climat moins rigoureux de la côte californienne. Des scientifiques prétendent que de 100 à 200 millions de monarques se déplacent ainsi vers des lieux plus cléments chaque année. Certaines zones de la région prisée du Mexique subissent alors une incroyable transformation. La végétation est submergée par une marée orange. Cyprès, pins et grands sapins, qui abondent sur le site, s'ornent d'imposants amas de papillons. «Parfois, la concentration de monarques est si importante que les arbres ploient sous le poids», explique Élaine Boileau, biologiste à l'Insectarium de Montréal. Pas mal pour un insecte qui ne pèse à peine qu'un demi-gramme. À certains endroits, le sol se recouvre d'un tapis animé qui peut atteindre jusqu'à 10 centimètres d'épaisseur. Et pourquoi cette région plutôt qu'une autre? Parce qu'il s'agit en fait d'un endroit idéal pour l'hibernation des papillons, explique Mme Boileau. Ils sont protégés des grands vents et soumis à des températures et des taux d'humidité qui permettent de minimiser leurs dépenses énergétiques», dit-elle. Au mois de mars, la longueur croissante des journées et les températures moins rigoureuses tirent graduellement les monarques de leur torpeur. Leurs organes sexuels, dont le développement avait été stoppé au moment de la migration, se forment et permettent l'accouplement. Puisque les mâles meurent en général peu de temps après avoir assuré leur descendance, ce sont les femelles qui entament la lente remontée vers le nord en suivant le rythme de floraison des plantes de la famille des asclépiadacées, où elles pondent un à un leurs oeufs. Quatre ou cinq générations de monarques se succèdent ainsi avant d'atteindre le Québec, les femelles qui proviennent de la population migratrice initiale franchissant rarement plus de 1500 kilomètres. «C'est arrivé à quelques reprises que l'une d'elles revienne à l'endroit de sa naissance, mais il s'agit d'un exploit vraiment exceptionnel», explique Mme Boileau. Le monarque, estime la biologiste, pourrait être un «papillon tropical opportuniste» qui serait graduellement monté vers le nord afin de disposer d'une quantité accrue de plantes nourricières. D'autres questions importantes restent cependant en suspens quant au comportement migratoire observé. Il est bien difficile, par exemple, de savoir comment s'orientent les papillons. Plusieurs hypothèses, allant de la boussole interne au capteur de champ magnétique terrestre, ont été avancées mais aucune réponse concluante n'a encore été trouvée. Autre casse-tête: comment les nouvelles générations de monarques, qui n'ont jamais connu les lieux d'hibernation, savent-ils les situer et identifier le chemin à suivre? «L'information doit être codifiée au niveau génétique», avance Mme Boileau. Le comportement migratoire des monarques est cependant loin de constituer le seul trait de caractère original de cette surprenante espèce. Le monarque bénéficie par exemple d'un système de défense singulier, qui est attribuable aux asclépiadacées. Ces plantes, dont dépend entièrement la chenille du monarque, synthétisent des substances toxiques pour les vertébrés. La chenille, qui a développé la capacité de stocker dans son corps ces produits sans être elle-même empoisonnée, devient donc à son tour toxique. Et ce, au grand dam des prédateurs. Lorsqu'un oiseau tente d'avaler un monarque, il le recrache aussitôt en réaction à son goût désagréable. Il est ensuite porté à vomir à plusieurs reprises. Une expérience qu'il ne souhaitera pas répéter par la suite. La couleur vive du papillon joue ici un rôle important puisqu'elle constitue un rappel visuel que les prédateurs repentants associeront par la suite à un aliment non-comestible. Un autre papillon, le mimique, qui est parfaitement comestible, imite d'ailleurs la coloration, les dessins et le vol du monarque afin de tromper ses prédateurs. Ce phénomène, dit de mimétisme batésien, n'est pas rare dans le monde des insectes. «Il existe même des mouches qui imitent des guêpes, vivent dans un guêpier et mangent la nourriture qui leur est offerte sans jamais être importunées», souligne Mme Boileau. Efficacement protégé des prédateurs, le monarque n'a donc que peu de choses à redouter de la nature. Le principal danger, comme pour beaucoup d'espèces, vient plutôt de l'activité humaine. Les asclépiadacées poussent dans des milieux ouverts qui sont menacés par le développement économique. Leur population pourrait diminuer considérablement dans les années qui viennent, ce qui aurait un impact certain sur le développement des monarques. Pour l'instant, les membres de l'espèce sont plus concernés par une nouvelle odyssée vers le Mexique. Si vous en apercevez un dans les jours qui viennent, ayez la délicatesse de lui souhaiter bonne route!
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Le comportement migratoire des monarques, qui demeure encore aujourd'hui auréolé de mystères, suscite depuis longtemps l'intérêt de la communauté scientifique. Le docteur Fred Urquhart, célébre zoologiste de l'Université de Toronto, fut sans doute l'un des plus fervents explorateurs des habitudes de cette espèce singulière. Ce fut lui qui fonda en 1952 l'Insect Migration Association, un ambitieux programme basé sur l'étiquetage et la recapture des monarques, qui lui permit de définir les routes migratoires du papillon. Ce fut également Urquhart qui «découvrit» en janvier 1975 les sites d'hibernation au Mexique. «Que les Mexicains connaissaient par ailleurs depuis de nombreuses années», observe Mme Élaine Boileau, biologiste à l'Insectarium de Montréal. La mort du chercheur n'a pas mis un terme à l'intérêt porté au papillon. Le département d'entomologie de l'Université du Kansas, aux États-Unis, a développé à son tour un programme de recherche, baptisé du nom de Monarch Watch. Le projet comporte deux volets: l'étiquetage et l'observation. L'étiquette, posée à l'aide de colle sur l'une des ailes du spécimen, indique son numéro et une adresse de retour au Kansas. Les renseignements concernant le lieu de l'étiquetage, les conditions météorologiques lors de la libération ainsi que le sexe du papillon -les mâles se distinguent par la présence de taches noires sur les ailes postérieures- sont également consignés. L'Insectarium de Montréal, qui a d'ailleurs fait du monarque son symbole, n'est qu'une des multiples institutions qui procèdent à ces séances d'étiquetage à travers l'Amérique du Nord. Sa contribution est toutefois particulièrement importante, car le Québec représente la limite nordique de l'aire de répartition de l'espèce. L'observation des monarques se fait le long des couloirs migratoires par un réseau de personnes volontaires. Après avoir capturé temporairement le papillon, les participants notent la direction du vol, le lieu, l'heure et les conditions météorologiques. L'objectif premier du projet est de comprendre les mécanismes exacts qui permettent au monarque de réaliser son étonnant voyage. Du même coup, les connaissances acquises devraient permettre de mieux protéger le royal papillon et ses aires de prédilection.
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Conception : Paul de la Chevrotière
Révisé le 5 avril 1997
© Itinéraire Nature