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LES MILIEUX HUMIDES Préc. Suiv.

Le Canada est renommé pour ses lacs et ses cours d'eau innombrables. Et c'est grâce aux milieux humides que nos lacs et nos cours d'eau demeurent ce qu'ils sont; riches et vivants. Les milieux humides couvrent un septième de tout le Canada… et le Canada possède un quart de tous les milieux humides de la terre!!

D'un point de vue écologique, les milieux humides sont des écosystèmes de très forte productivité biologique, rivalisant même avec les forêts tropicales, les écosystèmes les plus productifs de la planète. Malheureusement, cette grande valeur écologique ne se reflète pas en termes économiques. Ils sont trop souvent victime du « manque d'espace » des hommes; ils sont remblayés pour devenir immeuble, terre agricole, etc.. Au fil des années, ce sont des milliers d'hectares de milieux humides qui sont disparus de notre entourage sans qu'on s'en rendre compte.

Qu'est ce qu'un milieu humide ?

Il existe deux grands milieux sur notre planète : le milieu terrestre et le milieu aquatique. Le milieu humide est donc un compromis entre ces deux milieux. Très près du milieu aquatique lors des inondations, il devient presque un milieu terrestre lors des sécheresses.

Les milieux humides sont des endroits où la terre rencontre l'eau et où le sol est très humide pendant toute l'année ou une grande partie de l'année.

Il existe plusieurs types de milieux humides. Il existe aussi plusieurs types de classification des milieux humides, des plus simples aux plus complexes !! On peut les classer à l'aide de systèmes d'alimentation en eau : eau de précipitation, d'écoulement, riverain ou de marée. On peut aussi les classer en fonction de l'exposition au vent et aux vagues, de la nature du substrat pour les systèmes de précipitation et d'écoulement….!

Mais tout cela fait ressortir six grands milieux humides que l'on peut distinguer.
Deux sont réservés aux tourbières : le bog et le fen. Un troisième est exclusif aux endroits exposés aux vents et aux vagues; le rivage. Les trois autres sont classés depuis des sites les plus secs aux plus humides : l'eau peu profonde, le marais et le marécage.

Importance et fonctions des milieux humides

Les milieux humides sont très important pour notre environnement et pour nous. Mais ce n'est que depuis quelques années que l'on s'intéresse à ces milieux…
À quoi nous servent-ils au juste?
Pourquoi devrait-on s'intéresser à ces milieux?
Quelle est leur importance au point de vue écologique et de la diversité biologique?
Sont-ils si importants qu'on le dit?
Voyons voir…

Les milieux humides servent…

Fonctions biologiques

  • Les milieux humides couvrent 6,4 % de la surface terrestre et produisent 24 % du total de la productivité globale. Ils sont donc des milieux très productifs.
  • Habitat pour la faune
    La diversité de la faune des milieux humides est considérable. Au Québec seulement, 271 des 638 espèces de vertébrés utilisent ces milieux pour y trouver un abri, de la nourriture ou pour se reproduire.

    Mammifères
    Il y a plusieurs mammifères qui passent au moins une partie de leur vie dans ces milieux : les rongeurs (castor, rat musqué,campagnol), les cervidés (orignal, chevreuil) et plusieurs animaux à fourrures (vison, loutre, belette…). Tous y trouvent abri, nourriture et aire de repos.

    Oiseaux
    Plus d'un tiers des oiseaux du Canada a besoin des milieux humides. Ils habitent ou fréquentent ces aires pour y nicher, se nourrir, y demeurer du printemps à l'automne ou y faire escale. Pour les oiseaux migrateurs, l'existence et la conservation de ces milieux humides à l'échelle du continent est une question de survie. Ces oiseaux doivent être en mesure de retrouver ces habitats tout le long de leur voie de migration (CARTE) pour assurer leur survie.

    Poissons
    Plusieurs poissons utilisent les milieux humides pour se nourrir ou pour frayer. Par exemple, les plaines inondées au printemps sont envahies par le grand brochet qui trouvent des conditions favorables à la fraie. Les jeunes poissons (alevins) profitent du milieu où le réchauffement de l'eau est rapide et propice au développement de microorganismes nécessaire à leur alimentation.

    Amphibiens et reptiles
    Toutes les anoures (grenouilles et crapaud) utilisent les milieux humides pour y pondre leurs œufs, ainsi que toutes les salamandres à l'exception de la Salamandre rayée qui est complètement indépendante du milieu aquatique et chez laquelle le développement est d'ailleurs direct (c'est-à-dire que des jeunes tout formés émergent directement des œufs; il n'y a pas de stade larvaire aquatique).Côté reptiles, toutes les espèces de tortues ont évidemment besoin d'eau durant toute la saison; seule la tortue des bois passe une partie de la saison estivale à une certaine distance de l'eau en forêt, mais elle hiberne et se reproduit tout de même dans l'eau. Certaines tortues, comme la tortue géographique et la tortue-molle, sont généralement associés à de plus grandes étendues d'eau comme les lacs et rivières. Côté serpents, la Couleuvre d'eau est toujours associée aux milieux humides et la Couleuvre rayée se retrouve régulièrement à proximité de ceux-ci. Les 5 autres espèces de serpents sont plus forestiers ou écotones, mais ont tout de même besoin d'une certaine humidité a proximité. Chacune des ces autres espèces est trouvée à un moment ou un autre très près des milieux humides.

Fonction hydrologique et physique

  • Les milieux humides contrôlent le niveau de l'eau et luttent contre les inondations. Laissés en place, ils agissent comme une éponge géante naturelle. Ils capturent l'eau, l'emmagasinent et la relâche très lentement sur une longue période de temps, soit pendant des semaines ou des mois. C'est en partie grâce à ce mécanisme que les inondations sont limités, que nos cultures résistent aux sécheresses et que nos puits d'eau potable ne s'assèchent pas.
  • De plus, la végétation présente sur le bord des rives des milieux humides aide à protéger les rivages contre l'érosion. Les racines de ces plantes maintiennent le sol des rives en place et absorbent l'énergie des vagues et du vent. Si la végétation est arrachée, les rives peuvent s'effondrer en formant de larges rigoles d'eau trouble remplie de sédiments.

Ce sont de gros reins pour la terre

  • Les milieux humides nettoient l'eau en la filtrant, la libérant des sédiments qui y sont présents. Si les lacs et les rivières représentent l'appareil circulatoire de la terre, les milieux humides sont les reins. Comme le corps humain ne peut fonctionner sans les reins, la terre a besoins des milieux humides. Chaque fois qu'un milieu humide disparaît, l'efficacité des reins de notre environnement diminue. Malheureusement, c'est souvent après une catastrophe que l'on s'aperçoit de leur importance.
  • En plus de jouer un rôle de protection des rives, les plantes des milieux humides diminuent la vitesse de l'eau. Elles peuvent ainsi retenir les sédiments et absorber certains polluants. Ces sédiments seront retenus si et seulement si l'eau circule très lentement. Les pesticides, les métaux lourds et autres résidus sont captés et emmagasinés dans le sol. Tout ceci a pour effet d'augmenter la qualité de l'eau. Comment? En diminuant la turbidité de l'eau (l'eau est plus claire), le soleil peut pénétrer plus efficacement, ce qui favorise la croissance du phytoplancton et autres petits organismes à la base de la chaîne alimentaire ET ajoute de l'oxygène à travers la photosynthèse alors présente. À l'opposé, des eaux turbides affectent la faune vivant dans ce milieu. Les poissons auront les branchies obstruées et les organismes benthiques seront enterrer par les sédiments, les changements de température de l'eau sont plus fréquents.

Fonctions socioéconomiques

  • Les milieux humides sont une source importante de nourriture pour nous. Par exemple, on peut recueillir directement le riz sauvage et les canneberges de ces milieux. Pensons aussi aux grandes surfaces de milieux humides qui ont été drainé et transformé en terres agricoles. Ces terres sont très riches en nutriments et en matières organiques et moins sujettes à l'érosion éolienne. Ce sont des terres très productives.
  • Les milieux humides sont aussi des endroits où l'on peut pêcher, chasser, trapper et observer un grand nombre d'animaux.
  • Les milieux humides sont souvent des haltes migratoires importantes pour les oiseaux. Bien aménagé en centre d'interprétation, ils ont un potentiel éducatif énorme.
  • Les milieux humides sont exploiter pour l'extraction du pétrole.

Les menaces au milieux humides

Les milieux humides sont très fragiles et n'ont qu'un seul ennemi; l'homme. La pollution, le drainage, le remplissage, le développement immobilier et les dépotoirs sont toutes des actions qui éliminent les milieux humides. Ce n'est que depuis peu que l'on s'intéresse à ces milieux. Ils n'avaient aucune valeur à nos yeux. Nous avons construit des autoroutes à travers des milieux humides, des ports, des petits quais…..

Maintenant, nous savons l'importance de ces milieux pour notre environnement et pour nous. Sa valeur ne se chiffre pas et ils ne sont pas remplaçable. À titre de comparaison, quelques dizaines d'hectares de milieux humides ont une capacité de filtration et d'épuration des eaux usées équivalente à une usine de traitement des eaux de plusieurs millions de dollars. N'oublions pas que ce sont nos reins. Peut-on évaluer le coût d'un cœur, d'un poumon ou d'un rein en argent? Privé de ces milieux, notre environnement ne pourrait plus fournir d'eau potable, plusieurs oiseaux et autres animaux disparaîtraient et l'équilibre naturel serait perturbé.

Salicaire Cet équilibre est aussi perturbé par l'introduction de nouvelles espèces animales ou végétales qui compétitionnent avec les espèces déjà en place. Les nouveaux arrivants n'ont souvent aucun prédateur, ce qui leurs laisse le chemin libre pour se reproduire et s'emparer du plus d'espace possible. La Salicaire pourpre, par exemple, est une plante introduite au Canada qui s'empare très rapidement de l'espace libre. Elle occupe donc la place d'espèces indigènes et trouble ainsi l'équilibre naturel.

Les interactions dans les milieux humides

Les milieux humides sont des écosystèmes très complexe. Il est facile de prendre une espèce particulière et d'étudier son comportement, ses habitudes, etc. Mais plus on comprend la complexité des milieux humides, plus il devient claire que les interdépendances, la compétition et autres relations font en sorte que les milieux humides sont de vraies sociétés et non pas une communauté de résidents indépendants les uns des autres.

Et des relations dans un milieu humide, il y en a !! On peut penser…

  • …aux relations prédateurs-proies.

    Le processus de naissance et de mort dans un écosystème est essentiel pour maintenir sa santé. Les humains qui se nourrissent de poissons, de mammifères ou de canneberges ne sont pas différents des Loutres qui se nourrissent de Truites, des vers qui s'alimentent de nutriments du sol ou d'un oiseau de proie chassant un autre petit oiseau. Dans un écosystème bien balancé, les prédateurs et les proies développent un « système » de relations faisant en sorte de maintenir la diversité des espèces et les diverses populations à un niveau raisonnable. Si les populations de poissons se sont pas « prédatés » par les oiseaux, les mammifères ou les plus gros poissons, leurs nombres peut augmenter jusqu'à ce que leur propre nourriture soit menacé. Si les Visons ne « prédatent » pas les Rats-musqués, la population de rongeurs pourrait exploser, décimant en quelques années la végétation d'un milieu humide.
     

  • …aux relations dans le même habitat.

    Les habitants des milieux humides doivent partager les ressources disponibles. Ils emploient différentes stratégies ou tactiques pour maximiser leurs résultats et éviter le plus de conflits possible avec les autres habitants. Ainsi, même si plusieurs oiseaux se nourrissent d'insectes, certains vont s'en nourrir durant une période spécifique de la journée, ou à une altitude bien définie, ou même à une grosseur donnée d'insectes. Dans le temps de la reproduction, certains oiseaux construisent leurs nids près du milieu humide et d'autres s'éloignent en forêt. Il en est de même pour la végétation; la densité, la température et la quantité d'eau déterminent les espèces d'un milieu donné. Tous ensemble, ces habitants crées des milieux humides en santé et en équilibre.
     

  • …à la chaîne alimentaire.

    Le concept de chaîne alimentaire est trop souvent perçu de façon linéaire pour décrire toutes les interactions présentes dans les milieux humides. Ces interactions doivent plutôt être perçu comme une grande toile remplie de sentiers qui s'entrecroisent….

    Les producteurs primaires forment la fondation de la toile; ce sont les algues, les plantes et les bactéries. Les plantes et les animaux qui mangent d'autres plantes et animaux sont les consommateurs de la toile de la chaîne alimentaire. Les herbivores mangent des plantes, les carnivores se nourrissent de chair et les omnivores consomment une combinaison de plantes et de chair. Tout au long de sa route dans les sentiers de la toile, la « nourriture » présente laisse un pourcentage important de sont énergie originale derrière elle. Alors, moins de membres d'une même espèce donnée peuvent être supporté à chaque niveau de la chaîne alimentaire. Par exemple, une section d'un marais peut supporter des millions de bactéries, mais seulement quelques dizaines de poissons adultes et un couple de Martin-pêcheur.

    Dans un marais d'eau douce, les fondations de la toile sont assurées par des plantes (quenouilles, nénuphars…), de la mousse, des algues et des détritivores. Les plantes produisent de l'énergie grâce au soleil, l'eau et aux nutriments présent dans le sol. Ce sont les producteurs. Lorsque ces producteurs meurent, ils forment la nourriture pour les petits organismes comme les bactéries, certaines larves et les zooplanctons. Les vers, les escargots, de petits poissons et des crustacés se nourrissent du zooplanctons et autres petits consommateurs puis sont à leur tour consommés par de plus gros poissons, des tortues, des serpents, des Hérons et des ratons-laveurs. Le cycle continue ensuite avec les Loutres, les Balbuzards, les Pygargues à tête blanche et autres plus gros animaux qui prennent alors leur part. Finalement, les consommateurs meurent, se décomposent et deviennent une part de la nourriture des détritivores et de l'énergie de la toile de la chaîne alimentaire.