| Le projet CyberZoo À lautomne 95, nous avons envisagé le développement dune
ressource sur les animaux à lintention de cette clientèle. Il sagit du
projet CyberZoo. Ce projet offrait quatre composantes principales :
- les sentiers dobservation permettant aux élèves de consulter des fiches
d'identité sur les mammifères;
- les visites guidées établissant des liens entre les animaux à partir de leurs
caractéristiques afin de favoriser la compréhension de phénomènes naturels sur la vie
animale;
- le coin des experts présentant des renseignements privilégiés fournis par des
personnes qui, par leur métier ou leurs loisirs, sont en contact avec les animaux;
- le pavillon de l'éducation offrant aux éducateurs des scénarios pédagogiques qui
puissent s'intégrer à leur enseignement. Ce projet a déjà été présenté dans
plusieurs congrès et il a suscité un vif intérêt.
Le
monde de Darwin
Le projet «Le monde de Darwin» est une suite logique du projet CyberZoo et un
enrichissement considérable à plusieurs égards. Premièrement, «Le monde de Darwin»
vise linterprétation et la compréhension des écosystèmes plutôt que simplement
la connaissance du monde animal. Ce projet touche donc les vivants et les non vivants. Il
offre aussi un réseautage avec certains des plus grands spécialistes des sciences
naturelles dans leur domaine au Québec. Il vise à permettre lacquisition, par les
élèves, dhabiletés dans le domaine de linterprétation de la nature et,
plus largement, dune démarche scientifique.
Cet environnement pédagogique ne vise donc pas seulement l'acquisition de
connaissances factuelles sur la faune et la flore. Au contraire, dans «Le monde de
Darwin», les données qui seront mises à la disposition des usagers seront placées dans
un contexte de découverte qui en feront des outils pour mieux comprendre la vie des
animaux en interaction avec leur habitat naturel. Ce projet est centré sur la
participation des élèves et sur le travail collaboratif pour favoriser le traitement et
l'organisation des informations afin de mieux interpréter les écosystèmes.
En plus de permettre l'accès à un contenu stratégiquement organisé autour d'une
démarche pédagogique, «Le monde de Darwin» présente une forme interactive qui invite
les participants à alimenter le site de leurs recherches, leurs observations, leurs
connaissances ou leur passion pour linterprétation de la nature.
La science et la
technologie
Le projet s'inscrit dans la foulée des chantiers prioritaires
désignés par la Commission des États Généraux sur l'Éducation, au chapitre de la
restructuration des curriculums du primaire et du secondaire, notamment en ce qui concerne
le champ de la science et de la technologie. Il emprunte également au Comité spécial de
la CREPUQ sur les nouvelles technologies dans l'enseignement supérieur l'idée
essentielle que la formation et la recherche de demain seront forcément délocalisées,
et se feront par une exploitation judicieuse et collaborative des nouveaux outils de
communication, d'emmagasinement et de structuration des connaissances. Or une telle
transformation des pratiques d'acquisition et de diffusion des savoirs ne se fera pas sans
une initiation de nos jeunes dès les premières années de scolarisation.
Les
sciences naturelles
Les sciences naturelles ont toujours constitué par ailleurs une
voie royale pour susciter l'émerveillement et enclencher à partir de là une
systématisation plus rigoureuse. Or les TIC offrent un outil exceptionnel à cet égard,
en permettant le stockage et l'accès à une multitude d'images, de sons et de textes
illustrant les multiples facettes de la vie animale. En outre, et c'est là une
contribution originale de notre projet, ces technologies permettent d'enrichir les
activités de cueillette et d'observation par la communication et l'échange avec une
communauté plus vaste, et parfois plus chevronnée, d'autres observateurs. Cette partie
importante de la démarche scientifique, qui consiste à confronter ses connaissances avec
des pairs, ou des plus spécialistes que soi, peut désormais être intégrée très tôt
aux activités de sciences naturelles.
L'activité
scientifique
Il peut être utile de récapituler ici les grandes facettes de
l'activité scientifique :
La vérification constitue une systématisation de l'observation,
facilitée par la formulation de l'hypothèse, tout comme la théorisation constitue une
systématisation des hypothèses, une fois soumises à l'épreuve de la vérification. La
communication exploite finalement la communauté des autres chercheurs comme régulateur
de cette activité de production de savoir. Que pourra donc offrir aux jeunes «Le monde
de Darwin» afin de nourrir ce processus complexe?
En bref, l'objectif essentiel de ce projet, c'est de dépasser le modèle de formation
selon lequel les enfants ne peuvent pour le moment qu'apprendre les rudiments des
connaissances scientifiques, en attendant de pouvoir peut-être, un jour, faire de la
science pour de vrai. Et si, comme pour tout autre apprentissage, on apprenait
plutôt à faire de la science en en faisant tout de suite, pour de vrai, en
interagissant déjà avec de vrais chercheurs? «Le monde de Darwin» offre cette
possibilité!
- L'observation
Tout d'abord le monde de Darwin offre des outils, technologiques et pédagogiques, pour
stimuler, soutenir ou relancer l'observation. Une idée importante, est que chaque classe
qui participe au projet adopte un animal, et en devient en quelque sorte la spécialiste.
Ce sera sa responsabilité de colliger de façon structurée et surtout communicable
toutes les informations pertinentes sur l'espèce choisie. Nous voulons faire ainsi bien
saisir l'idée de spécialisation qui est si féconde en recherche. Mais nous voulons
aussi exploiter l'idée de patrimoine faunique: que nos élèves prennent une connaissance
approfondie de la faune de leur région et de leur province, qu'ils en comprennent la
complexité et la fragilité en même temps. «Le monde de Darwin» offrira ainsi aux
élèves la possibilité de participer à divers programmes d'observation, d'inventaire et
d'interprétation de la faune de leur région.
Nous souhaitons aussi qu'ils soient progressivement amenés à réaliser, au plan de la
construction des connaissances, leur propre interdépendance aux autres spécialistes.
Savoir par exemple que la Couleuvre à collier se nourrit surtout de Salamandres rayées,
oblige à échanger entre spécialistes de chaque espèce, et amène vite à élargir aux
autres dépendances qui constituent l'écosystème tout entier: de quoi se nourrit à son
tour cette salamandre? dans quel milieu floristique trouvera-t-elle le régime adéquat?
quel micro-climat est pour cela requis.... Une autre idée pédagogique importante
consiste dans la présence de bons modèles de structuration des connaissances: nous
voulons donc un bon répertoire de fiches d'animaux, bien standardisées, exploitant
images et animations, ainsi que les ressources diversifiées dInternet. Ces outils
doivent inciter presque d'eux-mêmes à des questions comme: mais quelle est la classe
taxonomique de cet animal, quel est son habitat, quelles sont ses mensurations, quel est
son mode de reproduction... 
- La formulation
d'hypothèses
On trouvera également dans "Le Monde de Darwin" des visites guidées,
permettant l'intégration de plusieurs connaissances et l'interprétation des
écosystèmes. Comme nous souhaitons développer l'aptitude à la pensée scientifique,
nous voulons que la structure même des activités amène à la formulation d'hypothèses.
L'échange électronique est particulièrement propice à cet égard, et nous souhaitons
faire construire par les élèves, dans leurs interactions à la fois avec leurs propres
données d'observations, avec celles déjà colligées sur le site, et avec celles
fournies par les experts partenaires, des Foires aux questions et des Foires aux
hypothèses, avec un mécanisme permettant de souligner de façon bien visible le
passage d'un énoncé de la banque de questions, à la banque d'hypothèses
"travaillables", et de là vers la banque de réponses
"satisfaisantes". L'idée est ici d'expliciter, de façon concrète et
contextualisée, le statut épistémologique de ces différents énoncés, et le processus
de recherche qui permet leur circulation progressive d'une banque à l'autre.
- La vérification
Un fait scientifique, c'est peut-être surtout un fait réplicable, qui se prête ainsi à
la vérification par soi et par d'autres, et rend alors possible la diversification des
hypothèses et des interrogations. Nous voulons donc installer un mécanisme de
validation et de standardisation collective des observations, par les autres élèves
comme par les experts, d'une façon qui permette la transparence et le questionnement,
comme c'est le cas dans une science "vivante". Nous sommes persuadés que les
enfants sont très tôt aptes à prendre une part active et critique à ce processus, dans
la mesure justement où ils disposeront de modèles adéquats à cet égard. Nous croyons
que les TIC offrent un support inexploité jusqu'ici à l'école, pour favoriser
l'échange critique et la validation des savoirs.
- La théorisation
Nous entendons construire et faire construire, par les élèves et les enseignants, des
scénarios pédagogiques variés permettant de découvrir, à partir des ressources
accessibles sur Internet et des échanges entre les participants, la complexité des
écosystèmes. Il nous semble qu'un des lieux propices pour amener les enfants à
développer l'aptitude à la théorisation consiste justement dans l'organisation des
connaissances relatives à plusieurs espèces habitant simultanément un même
écosystème. Si l'on veut amener assez naturellement les enfants à articuler de façon
cohérente un système d'hypothèses, il faut créer l'opportunité de représenter
simultanément l'interaction des phénomènes que représentent respectivement ces
diverses hypothèses. Ici encore, le sujet nous semble particulièrement porteur, parce
qu'il y a plusieurs supports à cette simultanéité: l'espace physique de l'écosystème
lui-même, le support technique de la banque de données, la distribution de connaissances
reliées à un même écosystème sur toute une communauté de petits cerveaux en
interaction fébrile...
- La communication
L'on voit aussi comment la communication traverse toutes ces activités. Par le biais de
conférences électroniques, les élèves pourront échanger entre eux et avec des
naturalistes. Des phénomènes d'observation seront présentés aux élèves qui devront
rechercher et partager des informations afin de construire, collectivement, une
interprétation du comportement des composantes dun écosystème. Le modèle du site
américain "Why Files" nous semble intéressant, dans la mesure cependant où
les apprenants eux-mêmes prennent une part active à la formulation et à la résolution
des problèmes redistribués sur la communauté. Nous entendons aller encore plus loin
cependant, en organisant à l'occasion des colloques virtuels, notamment sur des
thématiques relatives à la protection de l'environnement, qui pourraient être
suscitées par l'actualité. Bien sûr, nous visons à ce que les activités développées
dans le cadre de ce projet suscitent des participations accrues à des événements comme
Expo-Science. Avec encore plus d'audace, nous faisons même le pari de générer des
participations et des contributions authentiques d'enfants du secondaire, et même
du primaire, à la publication d'articles dans des revues scientifiques.
- Michel Aubé
Professeur à l'Université de Sherbrooke
© Société CyberScol Inc.
Octobre, 1996
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